1978 - Brabham BT46B

Historique et technique des monoplaces F1
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JTarJ
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1978 - Brabham BT46B

Message par JTarJ » sam. 03 févr. 2018 12:44

Originellement posté sur Go-F1

Je vous propose un bref apercu de ces dossiers avec le dernier en date qui concerne la fameuse voiture de l'ingénieur Gordon Murray.

D'autres dossiers du même style arriveront dès ce week end sur Go-F1.

Brabham BT46B : La turbine qui colle à la piste

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Il y a des voitures qui ont marqué l'histoire de la Formule 1 et la Brabham BT46B en fait partie. Elle n'a pas vraiment durée longtemps, un GP seulement mais elle était très originale et osée. Elle a fait sensation lors du GP de Suède en 1978, en surclassant ses adversaires. Cette monoplace réalisée par l'ingénieur Gordon Murray allait avant même sa première course être très controversée. Cet épisode marque un tournant pour son propriétaire, Bernie Ecclestone ainsi que la F1 en général.

En cette année 1978 l'écurie Brabham est motorisée par l'encombrant V12 Alfa Romeo depuis déjà deux saisons et sans résultats probants. Toutefois, Bernie Ecclestone le propriétaire de l'écure aborde cette nouvelle saison confiant, en effet il sait qu'il a parmi son équipe un nouveau pilote d'exception : Niki Lauda. C'est durant l'intersaison qu'il a réussi à débaucher de chez Ferrari le champion en titre.

Bernie demande avec insistance à son ingénieur Gordon Murray de lui dessiner une voiture performante. Le prototype BT46 a été imaginé dans cette optique avec un système de refroidissement original, où des panneaux thermiques situés sur la surface de la carrosserie remplaçaient les traditionnels radiateurs.

Mais la voiture ne confirme pas les espoirs de Bernie et très vite l'équipe décide de faire machine arrière et de revenir à un système plus conventionnel. Les victoires en début de saison de la Lotus 79 de Colin Chapman montrent le chemin. L'effet de sol était le nouveau principe qui allait vite faire règle dans les écuries de pointe.

L'ingénieur Murray se creuse à nouveau la tête et tente de trouver une parade. Seulement la solution évidente qui consistait à copier les Lotus était impossible à transposer sur la Brabham à cause de l'imposant moteur.

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Le talentueux ingénieur étant obligé d'exploiter une autre solution, Murray a conçu une turbine aspirante. Cette idée n'était pas nouvelle, elle avait déjà été utilisée en 1970 sur la Chaparral 2J en CanAm. Cette voiture atypique utilisait deux turbines entraînées par un moteur auxiliaire. Cette création de Jim Hall pouvait grâce à un effet d'aspiration décupler l'adhérence. Mais cette voiture a été rapidement bannie du fait de sa supériorité, au grand désespoir de son créateur.

Cette solution a servi de base mais en l'état cette solution qui utilisait un moteur auxiliaire était tout sauf réglementaire avec les normes techniques en vigueur en F1.

Le challenge de Murray consistait à créer un artifice capable de produire le même avantage tout en étant légal. L'ingénieur épluche donc le règlement de fond en comble pour trouver la faille qui lui permettrait de justifier d'une voiture légale.

Murray décide de se servir de cette turbine pour refroidir le moteur et de déclarer aux commissaires que sa fonction "effet de sol" n'était pas voulu. L'équipe Brabham motivée par son ingénieur s'est mise donc à travailler dans l'ombre. Un radiateur a été poser sur le bloc moteur et la turbine a été entrainée par la boîte de vitesses. La partie inférieure a été rendue hermétique par la pose de quatre jupes latérales reliées entre elles. C'est à l'abri des regards indiscrets que la voiture a fait ses premiers tours de roues sur le circuit d'essais d'Alfa Romeo à Ballaco. Brabham se rend ensuite à Brands Hatch pour un véritable test.

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Très vite Murray a été satisfait des premiers résultats sur la piste. L'appui aérodynamique provenait bien de la vitesse de révolution du moteur et non de la vitesse de la monoplace. L'équipe a tenté de garder le secret sur son nouveau projet mais il eu très vite des fuites. C'est dans la revue Autosport que des clichés détaillés de la machine secrète sont apparus. Ces photos prisent par un espion ayant infiltré les essais de Brands Hatch, ont fait beaucoup de remous lors du week end du Grand Prix d'Espagne qui se déroulait quelques jours après.

Murray a donc été obligé de s'expliquer sur la légalité de sa voiture auprès des officiels. Finalement les deux Brabham BT46B ont été acceptées pour s'aligner en Suède, à Anderstorp.

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Mais très vite une véritable fronde menée par tous les chefs d'écuries dénonce l'illégalité de la Brabham. Selon eux la BT46B était dangereuse. Elle aspirait des débris et les projetait dangereusement sur les autres voitures. Soutenu par Ken Tyrell, Teddy, Moyer et Surtees, le patron de Lotus porte une réclamation.

Les adversaires de Brabham se sont mis en colère lorsqu’ils ont vu les pilotes faire rugir leur moteur devant les stands avant de prendre la piste.

Il faut vite calmer les esprits et Bernie prend une difficile mais sage décision de ne pas faire courir les voitures à leurs maximum durant les qualifications et demande aux pilotes de lever le pied pour se qualifier en 3 ou 4e ligne.

Malgré des machines imparfaitement réglées Lauda se qualifie 2e et Watson 3e. En course les Brabham éclatent de leurs supériorités. En excluant la sortie de piste de Watson après une tentative de dépassement ratée sur Patrese la BT46B était la voiture la plus rapide.

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Lauda n'a commit aucune erreur et eu la prudence de patienter derrière Andretti jusqu'au moment où il réalise une petite erreur en dérapant sur une flaque d'huile. Lauda a pris instantanément la tête de la course et signe une victoire incontestable. C'est en partie avec cette victoire que la vague de protestation a pris une telle proportion et qu'elle fut amenée devant la délégation de la CSI (Comité du Sport International) pour examiner encore une fois la voiture. Mais finalement au grand dam de tous les patrons d'écurie, la délégation n'exprime aucune objection sur la légalité de la Brabham.

La vague de contestation n'allait pas s'arrêter là et les patrons des écuries de la FOCA rassemblent en toute vitesse une assemblée prévue le jeudi après le GP de Suède. Cette réunion présidée par Ecclestone se conclut après six heures de débat et se finit sur un compromis entre Bernie et les autres patrons d'écuries.

Il pourrait ainsi aligner la voiture ventilateur au Paul Ricard, à Brand Hatch et à Hockenheim mais ensuite il ne sera plus question de la revoir en GP. Cette solution convenait tout de même à Ecclestone. A ce moment là, il avait, avec son pilote Lauda, encore une chance de conquérir le titre. Seulement le jour suivant Ecclestone et Chapman ont été appelé à Paris par le président de la CSI.

Face à Pierre Ugueux, Ecclestone n'a pas pu faire autrement que de reculer sur le sujet. La décision de la commission sportive internationale condamne la BT46B pour raison de sécurité, avec effet immédiat !

Gordon Murray a été à l'époque trés déçu de cette décision. Et c'est ainsi que pour le GP suivant au Paul Ricard c'est une BT46 conventionnelle qui fut alignée. Pour la grande joie de Watson il se qualifie avec sa monoplace conventionnelle en pôle position.

Selon Watson, il faut surtout retenir la controverse qui a fait plier Ecclestone plutôt que les performances de la BT46B.

Ecclestone a préféré sacrifier les intérêts de son équipe au profit d'un avenir bien plus juteux. En effet Ecclestone avait devant lui un avenir au sommet du pouvoir.

Où se trouve aujourd'hui la BT46B ?

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Bernie en possède une, celle qui a gagné en Suède. Elle finit sa belle histoire dans la collection personnelle de Mister E dans le hangar de Biggin Hill. La BT46B de Watson fut un temps la propriété de Parmalat en Italie. Ce que l'on ignore c'est qu'il existe ou existait un troisième châssis en pièce détaché. Après l'interdiction de la voiture ce châssis de rechange est devenu inutilisable. Un mécanicien a demandé à Murray ce qu'il fallait en faire et où le mettre. L'ingénieur anglais ne voulant plus entendre parler de cette voiture a tout simplement demandé au mécanicien de l'amener à la casse la plus proche. C'est un peu dommage lorsqu'on connait la valeur de cette voiture depuis ce jour.

Source: Les dossiers de Go-F1.

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Message par Indomat » dim. 05 janv. 2020 9:51

Salut,
petite mise à jour concernant la localisation de la voiture de Watson (chassis BT46 n°4 - celle que possède Ecclestone est la n°6)

Un peu d'histoire pour commencer :
après avoir abandonné lors du GP de suède en 78, la voiture fut remise en configuration normale, avec cependant quelques modifications aérodynamiques afin de récupérer un peu d'effet de sol.
Suite au décès du pilote Gunnar NILLSON, la femme de ce dernier réussit à organiser un meeting de sport auto à Donnington en juin 79 (the Gunnar Nillson trophy)
Toutes les écuries de F1 furent invitées mais seules 5 répondirent présent. Brabham y envoya donc le chassis BT46 n°4 remis en configuration Fan car.
Niki Lauda ne put se rendre à cet évènement, c'est donc Nelson Piquet qui se mit au volant de la voiture, même si elle conserva le numéro 1 avec sa typographie attypique.
Piquet fut crédité du 4ème temps lors de cette petite course de F1 qui se déroula comme une mini séance d'essai, chaque formule 1 ayant la possibilité d'effectuer 5 tours.
C'est donc la toute dernière apparition de la BT46B "officielle" et cette voiture devint la propriété de Parmalat (je pense que Bernie à vendu la voiture à la société car il est impensable qu'il puisse en faire "don")

Par une journée de septembre dernier, nous nous sommes rendus, avec ma femme et les bambins, au musée du Lactopole situé à Laval (53). Musée sympa dans lequel on peut découvrir l'atelier de fabrication tel qu'il était dans les années 50, une grande collection de machines a transformer le lait dans différents états (beurre, crême, etc) puis à l'étage on découvre comment cette petite entreprise familiale est devenu un empire et à quel point c'est impossible de boycotter leur produits tellement le groupe est immense... Pour etre franc, j'y allais sans grand interêt que de faire une sortie culturelle avec les enfants.
Enfin un espace est dédié au sponsoring (maillots de foot, trophées,...) et dans lequel trône majestueusement et paisiblement la brabham chassis n°4, toujours dans sa configuration aspirateur, telle qu'elle nous arrive de sa dernière course !!!! Je suis devenu comme fou en la découvrant.

Depuis j'ai réussi, grâce à un éditeur anglais, a retrouver l'historique en course de ce chassis, fournir ce pédigree au responsable du musée, avec lequel j'ai pu échanger pas mal a propos de cette voiture. Et surtout comprendre ce qu'elle faisait ici!!!! Parmalat fut racheté en 2017 par le goupe Lactalis et la voiture fut envoyée au musée entre 2017 et 2018.
Aussi, si jamais vous souhaitez la voir de vos propres yeux, je vous invite à vous rendre à "la cité du lait" à Laval (c'est à une heure du Mans) car d'ici 3 à 4 ans, cette partie du musée va être remaniée et il est possible que la voiture prenne une autre direction...
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Je retournerai prochainement reprendre des photos de cette magnifique F1

A bientot
Mat

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